Vous avez choisi récemment de renforcer votre site de production à Lyon, quelles sont les raisons qui ont motivé ce choix
?
Tout simplement parce que nous avons des cerveaux à Lyon ! Il y a cette reconnaissance d’une forme d’excellence
française à la fois au niveau de la recherche et au niveau de la production, y compris la production la plus sophistiquée.
Et Genzyme va chercher cette excellence un peu partout dans le monde.
Même pour développer des unités de production de ce type là, vous recherchez la proximité des cerveaux ?
Bien
sûr, la production biologique est délicate, fine et elle requiert beaucoup d’expertise technique et donc elle ne peut pas
être implantée n’importe où.
Et concrètement, vous envisagez des partenariats avec des personnes, des institutions, des centres de recherche à Lyon
? Oui, et cela me permet ce compléter les raisons pour lesquels nous sommes à Lyon. Il y a d’abord un aspect national
qui est que la France est un marché très important. En outre, il y a, en France, une certaine idée du soin et donc participer
à la recherche française fait sens pour nous. Et à Lyon tout particulièrement, on a une tradition et une conjonction d’industries,
de recherche, d’universités un peu unique. Même si je risque de me faire des ennemis, je pense qu’on a ici la seule biopole
française. Il y a une concentration géographique de tous les cerveaux nécessaires pour accoucher de la médecine de demain
à Lyon. Ce n’est pas par hasard que l’on plante notre usine à Gerland.
La concentration géographique est-elle si importante dans ce secteur ?
Quand on regarde les biopoles en Amérique du Nord, la biotech est hyperconcentrée comme à Boston ou Cambridge où tous
les acteurs sont réunis dans un rayon de 3 km ! Quand votre analyste financier va prendre un café et est débauché pour devenir
le CFO d’une startup, c’est assez drôle ! En tout cas, cette concentration créé de l’émulation ! Elle est une condition à
la fermentation d’idées indispensables au développement des biotech. Lyon offre cette concentration. A Paris par contre, tout
est beaucoup plus dispersé, il est difficile d’avoir une fédération géographique. A Lyon, cela ne pose pas de problème. C’est
dans la culture aussi je crois. Tout le monde s’y met : les autorités politiques, médicales, etc., il y a du monde autour
de la table pour s’unir autour d’un projet industriel. C’est ça Lyon !
LyonBiopôle en est une illustration selon vous ?
Absolument ! Et cela marche c’est-à-dire que l’on combine toutes les forces intérieures géographiquement avec des réseaux
plus larges comme le Réseau Thématique de Recherche, on mène des collaborations aussi bien avec Lausanne que Barcelone. Sans
compter les nanotechnologies à Grenoble !
Que pensez-vous justement des réseaux comme l’Eurobiocluster Sud ?
L’alternative à la proximité géographique, ce sont les réseaux ! Et la force de Lyon, c’est qu’elle combine un peu de tout
: elle combine la biopole physique à la biopole virtuelle, c’est-à-dire qu’elle se met en réseau avec d’autres centres de
recherche sur des thématiques particulières. Ces deux alternatives reposent bien sût sur la volonté des acteurs de travailler
ensemble. L’avantage d’un biopole physique, c’est que, au-delà de la volonté de travailler ensemble, rien que le fait d’être
ensemble, cela produit des choses.
Et concrètement pour Genzyme, être dans un Eurobiocluster avec un contact
de réseau qu’est-ce que cela vous apporte ?
Cela nous permet justement une démultiplication des cerveaux. En interne,
on parle beaucoup d’intelligence collective : mettez dans la même pièce un physicien atomiste, un poète, un anarchiste, un
grand médecin, un chirurgien, une infirmière, et vous allez voir, au bout d’un moment, des choses étranges vont sortir de
cela. La mixité culturelle et l’interdisciplinarité sont des ferments extraordinaires d’innovations.
Cela veut
dire que des chercheurs de chez vous vont participer à des conférences, des rencontres ?
Le principe est en effet
de s’organiser de cette façon là, d’apporter du temps de management et de participation à l’animation de réseaux. On envisage
même un concept assez novateur de temps prêté à des jeunes entreprises ou organismes de recherche, et en particulier du temps
de management. Il y des grands cerveaux et on peut toujours trouver de l’argent mais cela ne veut pas dire que l’on sait construire
des entreprises, surtout dans la monde de la santé. Je crois que les grands industriels de la santé doivent jouer un rôle
d’aîné et seconder les jeunes pousses, en particulier dans la gestion. Genzyme va donc mettre à disposition des créateurs
d’entreprises du temps pour accompagner et aider les jeunes créateurs.
N’est-ce pas un mal français que d’être
bon dans l’innovation et la création d’entreprises mais à la traîne lorsqu’il s’agit de consolider et faire grandir ces entreprises
?
Je partage ce point de vue et c’est la raison pour laquelle je pense qu’il est nécessaire que les industriels tendent
la main aux petites entreprises pour qu’elles consolident leur activité. Je crois beaucoup à l’entraide !
Vous
avez évoqué les points forts de Lyon, mais n’y a-t-il pas aussi des points faibles ?
Je ne vois pas tellement de
lacunes, je trouve que la copie est drôlement bonne ! Je regrette quand même cet « entre-deux industriel » c’est-à-dire le
fait qu’il n’y ait rien ou pas grand-chose entre un Sanofi- Aventis et la start-up. Il faudrait que ces deux univers se rapprochent
davantage pour permettre à l’un de profiter de la matière grise de l’autre et à l’autre de s’appuyer sur la force de frappe
et l’expertise du premier. Donc plus d’implication de l’industriel je dirais. Autrement, je trouve qu’il y une culture du
partenariat à Lyon comme nulle part ailleurs : les autorités de santé qui marchent la main dans la main avec les universités,
la Canceropole, Pasteur- Mérieux, le maire, etc. Tout le monde semble uni sur de la très bonne médecine ! Lyon a en plus cette
culture historique de conduire non pas une recherche médicale « éthérée » mais pratique. La recherche médicale à Lyon n’est
pas une recherche cérébrale, intellectuelle qui va prendre beaucoup de temps. Elle se situe d’un point de vue beaucoup plus
pragmatique, du côté de ceux qui veulent aider tel ou tel malade à guérir. Il y a une culture de la recherche pratique à Lyon
! On a pris des risques à Lyon, on a essayé des choses et je crois que cela s’inscrit dans un fond culturel local, alors que
parfois il m’arrive, dans d’autres centres de recherche mondiaux, de trouver de la recherche beaucoup moins orientée sur des
développements à moyen terme en réponse à des nécessités médicales et humaines d’urgence.
Selon vous, quels
sont les autres biopoles avec lesquels Lyon entre en concurrence ?
Les Britanniques sont certainement les premiers
en Europe. Ils ont des industriels leader adossés à des centres de recherches et des universités prestigieuses et tout cela
dans un périmètre géographique concentré. Et puis les Britanniques ont une bonne culture de communication mondiale. Certains
Allemands aussi comme Heidelberg ou Munich sont performants. Les biopoles allemands sont assez concentrés aussi. Je dirais
que c’est essentiellement sur ces pôles, en ajoutant Rhône-Alpes, que l’on atteint une masse intéressante de biotech.
Et vous ne citez pas Genève ?
C’est vrai, ils sont très bons aussi dans ce secteur mais ils n’atteignent pas
une taille comparable à celle de Lyon ou de Munich. Il y a moins de puissance de tir en quelque sorte. Mais il y a de l’ambition
! Au plan mondial, je dirais que après les Etats-Unis, viennent le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et la Suisse ou la
Suède en 5e position. Donc, je suis un peu injuste avec la Suisse parce que relativement à leur population et à leur puissance
économique, les biotech occupent une place de premier plan ! Les Suisses ont de grosses entreprises pharmaceutiques qui n’ont
pas l’attitude un peu hautaine que l’industrie pharmaceutique peut avoir en France vis à vis de la biotech. Donc en y réfléchissant
bien, ils ont peut-être plus de cartes à jouer finalement…
Propos recueillis par Emile Hooge (Nova7), le 19 juin 2007